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Le coach, le courage et le prophète – Jean-Paul Sauzède

Jean-Paul Sauzède : Il y a nécessité de courage pour travailler en coaching ! L’étymologie du mot courage, c’est « le cœur ». Ou comme le rajoutait un collègue, c’est « agir avec cœur ». Rejoindre le coaché, oser reformuler ou nommer ce que nous voyons et entendons, ce que nous ressentons dans l’ici et maintenant du récit qu’il nous fait sollicite du courage. Oser dire l’incongruité d’une situation, l’ennui que je peux ressentir lorsque ce client me parle, l’essoufflement face à son élocution, le sentiment de peur qui me traverse en sa présence. Il faut du courage pour nommer et dévoiler avec cœur ce que j’entends et ressens, à condition que cela soit au bénéfice du client et non pas pour me faire valoir !

Nous sommes appelés à être courageux pour dénoncer les rêves impossibles, maximiser une situation qui nous paraît insupportable et parfois aller à l’encontre des attentes de notre client. C’est notre liberté d’intervention que le coaché nous paie. C’est notre « action avec cœur », qu’il vient chercher pour nourrir ses choix de vie. Il y a du courage à dénoncer, à refléter, à maximiser des situations pour en faire apparaître les incongruités. Il nous faut du courage pour oser mettre fin à un coaching impossible, suggérer de prolonger le travail en thérapie, inviter à consulter la médecine du travail ou une sortie de l’entreprise.

Il nous faut du courage enfin pour accompagner nos clients dans les premiers pas, parfois hasardeux, de choix audacieux et parfois risqués et partager le risque de l’aventure du changement.

D’autant que nous pouvons être aux prises avec deux risques :

  • Lorsque le coach est pris par la peur de perdre son client, ses honoraires ou sa notoriété, il est dans la soumission à l’autre. Il se met en position basse. En abandonnant le courage, il risque la perte de sa puissance et de sa liberté d’intervention.
  • Inversement, le coach s’expose au risque de l’orgueil lorsque le courage s’érige en vérité à dire, en savoir à étaler sur l’analyse d’une situation devant l’ignorance présumée ! Il y a une tentation à être trop imbu de ses convictions comme étant la vérité. Le courage disparaît face au pouvoir de ce qui est promu comme Vérité d’interprétation ou d’analyse de situation.

En lien avec cette notion de courage, je crois que l’image et la fonction du prophète est une belle métaphore du coach !

Le prophète n’est pas un devin. Il n’a pas pour mission d’annoncer l’avenir ou d’élaborer des prédictions.

Le prophète à deux fonctions essentielles :

  • Il dit ce qu’il voit, ce qu’il ressent d’une situation sociale. Il ose nommer, voire dénoncer une réalité. Il a le courage, au risque de déplaire, de dire ce qu’il voit. La parole du coach peut en ce sens avoir une fonction prophétique. Et je pense utile de nous interroger comme coach sur le courage et la liberté de ma parole et dans quelle intention je l’exerce ? Comment j’ose dire, quoi, et au bénéfice de qui ?
  • Le prophète a cette deuxième fonction, qui pour moi relève du coaching, qui est de croire qu’il y a du possible. Malgré la réalité dénoncée, une autre réalité est envisageable. Rien n’est définitif. L’ouverture à la nouveauté est accessible. En ce sens, on peut dire que c’est un homme (une femme) de foi, qui croit à un au-delà de la situation actuelle. Il me semble que cela parle aussi du coach. Il va soutenir son client pour qu’émerge la co-construction de nouvelles solutions, jusque-là sans doute insoupçonnées. Il a le courage de croire en son client pour que la nouveauté puisse surgir.

Ce qui est intéressant pour le prophète c’est qu’il peut travailler dans la cour du roi. S’il y est invité, de mon point de vue, il est important qu’il s’en retire, sans quoi il pourrait perdre sa liberté de parole. Il s’expose à devenir serviteur du pouvoir et non plus du vivant. En étant attaché au roi, il s’expose à parler en sa faveur et perdre son courage de liberté de parole. Cela m’éclaire aussi sur la place que nous pouvons prendre dans une entreprise en tant que coach. Au service de qui voulons-nous être ? Quelle place et quelle fonction voulons-nous défendre dans cette société ?

Jean-Paul SAUZEDE
sauzede-gestalt-coaching.fr

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3 commentaires

  • DRIADle 15 décembre 2014  

    Bonjour Jean-Paul, merci pour cette réflexion sur la place du courage dans notre métier de coach aussi, la métaphore du prophète donne un sens pertinent. Cependant, je me demande si tenir une position basse en tant que coach relève d’un manque de courage ou est-ce tout simplement la position naturelle: le client est l’expert de son histoire, le coach est l’expert du processus qui va amener le client à trouver son chemin et à atteindre son objectif. Au regard de l’objectif du client et de sa satisfaction si ce dernier est atteint, le coach est en position basse, il ne transmet pas de solutions, de compétences..mais il va montrer au client en osant un questionnement subtil et des reformulations.., qu’il a le choix de choisir son chemin et le champ du possible est plus large que ses croyances. Le coach ne doit-il pas avoir cette posture pour réussir ?

    Le manque de courage en étant dans cette position basse ne serait-il pas d’adopter une position haute pour satisfaire le client rapidement en lui faisant une démonstration de ce qu’il faut faire pour trouver le chemin..par peur de le perdre?

    Vous m’avez donné l’occasion d’exprimer mon questionnement soulevé par de multiples retours de mes clients, du genre: « j’ai eu un coach pendant plusieurs semaines et cela n’a rien donné, je crois qu’il ne sait pas me conseiller, il n’est pas compétent… » Ces réflexions sont très fréquentes, ce qui démontre la nécessite d’expliquer la mission du coach.

    Pour ma part, je me donne le courage d’expliquer des la première séance ce que client peut attendre de moi, ce que je peux faire pour lui et ce que je ne souhaite pas faire pour lui et ce, dans son intérêt. Le client n’est jamais parti en courant , du moins pas pour l’instant :-).
    Merci encore pour ce partage!
    Lynda

  • Jean-Louis Verhaeghele 20 février 2015  

    Bonjour Jean-Paul, merci pour cette clarté à mettre en mots la spécificité de notre métier de coach. J’adhère totalement à cela. Très belle journée. Jean-Louis

  • Blandinele 2 mars 2015  

    Bonjour,
    Coach oui j’essaie, chaque jour, de mon mieux.
    Du courage oui souvent il m’en faut, merci à vous qui m’en donnez au travers de ce bel article. En particulier pour m’interroger sur vos dernières questions, récurrentes pour moi: Au service de Qui ou de Quoi est ce que je veux être et qu’est ce je décide de défendre dans cette société (le sens politique du coaching ?)
    Mais prophétesse … l’habit, même métaphorique, me semble trop grand et si j’entends bien que le prophète n’est pas devin n’est-il pas messager du divin ? La robe de bure me gratte déjà !
    Merci pour cette incitation à la réflexion.
    Blandine


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