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De trois dévoiements du coaching – Jean-Paul Sauzède

De ma place de coach et superviseur, il me semble que trois dévoiements du coaching apparaissent aujourd’hui, qui peuvent mettre en danger la fonction et la titre de coach.

Le coaching de la dernière chance

Certains managers ne s’en cachent pas « on a tout essayé, sauf le coaching ». Le coaching devient une carte de la dernière chance, une sorte de joker ou « soit ça passe, soit…c’est le licenciement ». Le coach est alors mis dans une contrainte dramatique de résultats (et pas seulement une contrainte de moyens). Il peut alors être pris dans une mission pour « sauver » ce candidat au coaching-de-la-dernière-chance ! Il perd sa liberté d’intervention. Et si le coaching échoue et qu’il ne répond pas aux demandes du prescripteur, l’étape suivante pourra être un licenciement d’autant plus acceptable qu’une tentative « généreuse » de réhabilitation par un coaching aura été préalablement proposée par l’entreprise. C’est un dévoiement du coaching qui sans doute évite à l’entreprise de regarder ses propres erreurs de management ou d’affectations.

Le coaching roue de secours

Lorsqu’un collaborateur devient dysfonctionnel, c’est à dire qu’il ne répond plus aux exigences de compétitivité de l’entreprise, il peut lui être proposé un coaching. Le coaching est à nouveau prescrit. Le coach se trouve dans l’obligation de rendre plus performant son client. Il est assigné à un objectif : que son client réponde aux attentes de l’entreprise.
Un coach ne peut pas tout. Et le coaching encore moins. Certains clients nous mettent dans des contraintes de résultats impossibles. Comme s’il fallait que les coachés deviennent ce qu’ils ne sont pas ! Ce n’est plus du coaching, c’est du travestissement. Le coaching n’est plus une démarche de co-construction, il devient une course à la performance, une école de la compétence et finalement se transforme en un lieu de formation plutôt qu’un espace d’accompagnement relationnel. Il s’agit de s’adapter aux exigences du marché. C’est à mes yeux un dévoiement du coaching qui ne prend pas en compte le désir et le projet consenti du coaché. C’est une roue de secours mais qui risque d’être inadaptée au véhicule et qui ne permettra de rouleur au mieux que quelques kilomètres.

Le coaching médical

Les risques psycho-sociaux, redoutés par les entreprises qui seraient marquées par ce diagnostic, ont développé une nouvelle clientèle de coachés. Face à un collaborateur qui, par exemple, manifeste des signes de dépression ou de burn-out, le coaching peut être proposé comme un moyen pour masquer ce qui relève d’abord de la médecine du travail et sans doute aussi d’un dysfonctionnement managérial ou opérationnel de l’entreprise. Le coaching revient souvent alors à traiter le symptôme dépressif ou d’épuisement sous forme d’un coaching de soutien. Le coach, touché par la détresse manifeste de son client fera certainement un travail précieux pour ce dernier, mais pourrait éviter à l’entreprise de se poser des questions sur le stress au travail ou d’inscrire comme un problème médical ce qui ne relève pas d’abord du coaching, mais du contexte de l’entreprise.

Voilà à mes yeux, trois dévoiements du coaching par lesquels notre fonction me paraît être détournée de ses objectifs. Toute demande de coaching n’est pas bonne à prendre ! Au contraire. Dire « non » est parfois le meilleur acte qu’un coach puisse poser, face à son client ou son prescripteur, et proposer un recadrage de la demande lorsque cela est possible.
Je crois essentiel de prendre le temps de s’interroger lorsqu’un coaching se présente dans de tels environnements pour vérifier la faisabilité du coaching, au service de qui nous travaillons, et dans quelle intention et le cas échéant, refuser une mission.

Jean-Paul SAUZEDE, superviseur de coachs

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Un commentaire

  • Guillaume QUINTINle 13 mai 2013  

    Jean Paul,

    En tant que coach, il me semble qu’il nous revient d’alerter le prescripteur (notre client) sur ce sur quoi nous sommes en mesure d’intervenir et ce qui ne relève pas de notre champ d’intervention. Cela dit, votre constat est juste et il arrive que ces sujets arrivent sur le tapis…
    La nécessité qu’ont certains d’entre nous de trouver des missions les amène parfois à faire quelques « entorses » à l’éthique ou la déontologie… que celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre!…

    Au dela de ça, plus que la « fonction » ou le « titre » de coach, accepter ce type de mission me semble avoir pour conséquence de mettre en danger le bénéficiaire, d’une part, car il peut avoir l’illusion que le coaching va effectivement l’aider à surmonter la situation, la chute n’en sera que plus sévère; et le coach d’autre part, qui, sauf talent extraordinaire ou coup de chance monumental, n’aura pas la marge de manoeuvre suffisante pour accompagner son coaché jusqu’à l’objectif (inatteignable ou quasiment dans ces cas là…)… Le risque pour le coach est alors soit de croire, sincèrement, qu’il peut quelque-chose (illusion du pouvoir), soit de prendre la mission en connaissance de cause et échouer à satisfaire le client (l’entreprise) et donc de se « griller »…

    J’adhère à votre proposition de « prendre le temps » d’analyser la demande pour valider son impact sur l’écologie du système, savoir celle du client, celle du coaché et celle du coach!

    Votre article amène une autre réflexion: de la nécessité de la supervision! En effet, accepter, malgré tout, ce type de mission va à coup sûr mettre le coach à rude épreuve! Sans espace de supervision, c’est le « casse-pipe » assuré!!!

    Belle journée à tout le monde!

    Guillaume QUINTIN


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