Le projet coach'abondance a permis, de février 2012 à février 2016, de mettre à la disposition des professionnels de la relation des informations et articles qui concourrent à leur professionnalisation.
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Enchanter les organisations – Tanguy Lunven

Tanguy Lunven : « Le chant est l’expression de notre bonheur d’être. Si je peux transmettre ça, c’est super. C’est ma nature, c’est comme ça… ».
Et dans les organisations, ça résonne comment ? « Nous retrouvons la joie de partager ensemble. C’est ce qui nous manque dans l’entreprise ».

Coach’abondance : Votre intention est d’« enchanter les organisations ». Qu’est-ce que ça signifie ?
Tanguy Lunven :

Ma vision est que le monde est en très grande transformation et qu’il invite – oblige même – à un changement de paradigme. Les organisations fonctionnement principalement avec une dynamique mentale très forte et elles ont besoin d’efficacité. Le développement de cette efficacité sur le long terme passe par se poser ensemble les bonnes questions, les vraies, celles qui sont là.

Qu’est-ce que travailler ensemble de manière efficace ? C’est agir sans parasitages émotionnels, être authentiques, alignés, aller à l’essentiel. Lorsque les collaborateurs peuvent échanger de manière claire et directe sur tout ce qui concerne le champ professionnel sans non-dits, sans rancune, sans colère, sans peur ou tout autre sentiment de cette nature, alors ils deviennent efficaces, ensemble.

Passionné de relations humaines, de musique et de chant, j’ai réuni ces compétences dans mon projet de vie : j’anime des séminaires en entreprises, où le moyen est le chant, et la finalité est que les personnes se rencontrent et se parlent.

L’approche que je propose mobilise d’abord une énergie, à travers le chant. L’invitation est de chanter à pleins poumons ; et si on pense chanter faux, c’est de chanter fort ! L’énergie qui est là est la joie d’être. Souvent, j’invite les participants : « regardez-vous, juste pour prendre acte qu’en cet instant de rencontre il se passe quelque chose qui s’illumine dans vos visages » ; et ils témoignent « Nous retrouvons la joie de partager ensemble. C’est ce qui nous manque dans l’entreprise ».

Qu’est-ce qui fait qu’un collectif fonctionne, que chacun développe son leadership ?

Pour qu’un collectif fonctionne, l’invitation est que chacun donne de lui-même, tel qu’il est, qu’il ose ce qu’il a à oser. Les ateliers modélisent un espace où la prise de risques est bienvenue et protégée, ce n’est pas un espace dangereux.

Après, il y a la question de la relation. Qu’est-ce que c’est qu’avoir du plaisir à être en relation, oser se regarder, oser se parler, oser être, oser sa parole, oser ce qu’on ressent ? Une des clés est l’intelligence sensible : est-ce que j’ose être avec ma sensibilité ? – Je ne dis pas ma sensiblerie, je ne dis pas qu’il faut raconter sa vie – juste : est-ce que j’ose montrer un peu de moi ?

Un autre point est d’être crédible vis-à-vis des autres. En tant que leader, est-ce que mon équipe a envie de me suivre ou pas ? Est-ce que j’inspire la confiance ? Ça nécessite d’être proche de ses émotions et de les partager. Par exemple, quand j’étais ingénieur, notre patron disait chaque année : « c’est bien, vous avez bien travaillé, mais il va falloir travailler plus ». Je trouvais ce discours dénué d’intérêt. Ce que j’aurais aimé, c’est entendre ce qu’il pouvait ressentir, ce qui le fait vivre, son lien à l’entreprise et le sens qu’il lui donne.

C’est comme les polyphonies corses, et la polyphonie en général. Qu’est-ce qui fait qu’un chant va fonctionner ? C’est que chacun va donner sa résonance, et que les résonances vont s’accrocher. Et même s’il y a une dissonance : un do avec un ré, c’est une dissonance, et c’est beau dans la musique ! La musique est faite de dissonances qui se résolvent sur des consonances. Pour ça, il faut que chaque être, que le corps de chaque être humain sonne.

Comment les personnes dans l’entreprise peuvent résonner pour à la fois créer un collectif, avancer ensemble, avoir une vision, être dans une dynamique, un mouvement qui fait sens ? Dans « enchanter », il y a quelque chose autour de la joie, autour de l’enthousiasme et de la présence, autour de l’énergie et du mouvement, autour du sens.

Enchanter les organisations, c’est permettre à l’organisation d’être dans une dynamique à la fois corporelle, émotionnelle, intellectuelle, mentale. Et de permettre au collaborateur qui arrive à son travail d’y trouver de l’envie, de l’intérêt, du plaisir, du sens, des valeurs en cohérence avec ses propres valeurs.

C’est cette résonnance – ce n’est pas pour rien que je suis ingénieur en acoustique – qui permet à un collectif de fonctionner et à chacun d’exprimer son plein potentiel de leadership.

Enchanter, c’est être vivant. Chanter c’est vivant. Quand on chante, ou quand on danse, c’est l’expression du bonheur d’être, tout simplement. L’ambition du travail que je propose est d’expérimenter, chacun et ensemble, cette joie d’être ensemble, d’œuvrer ensemble.

Qu’est-ce qui est spécifique de cette approche par le chant ?

Comment je regarde, comment j’écoute, comment je suis à l’écoute de mes ressentis, comment j’ose les nommer. C’est basique, c’est concret. Surtout pas de métacommunication, pas de grandes philosophies, parce que les grandes philosophies génèrent la discussion dans les groupes. Les groupes que j’anime ne sont pas du tout des espaces de discussion métaphysique, mais des lieux où se déroulent des choses très concrètes, humaines. Très authentiques aussi : dans le chant, c’est plus difficile de jouer un rôle. Le chant traduit l’énergie, l’implication, les émotions : s’il y a de la colère, de la tristesse, de la peur ou de la joie, on va la traduire dans le chant.

Et qu’en est-il du chant ?

Le travail à partir du chant est impliquant, et nécessite un cadre de protection et des permissions. Le travail suit une progression, il est initiatique : comme dans un conte de fées où au début du conte il y a une solution vitale à trouver pour résoudre une situation bloquée. C’est une histoire qui peut être difficile – parce que pour certaines personnes, chanter, ce n’est pas facile – et à la fin, ça se fait. Certains ne veulent pas du tout chanter (assez rare en fait), et c’est OK ; et peut-être qu’à la fin ils se seront pris au jeu. Voilà, chacun a sa place, à sa manière. Même si c’est impliquant, chacun peut aussi s’engager comme il ou elle en a envie ; l’épreuve et les résultats marquent souvent de grands retournements.

Comment s’opère la récursivité entre les participants et le groupe ?

Les ateliers proposent deux dynamiques : une dynamique prioritaire et principale d’être proche de soi, d’être avec soi ; une autre qui consiste à être en relation avec l’autre. Et cette seconde dynamique ne peut être pleinement efficiente que si la première est en place. Comment je suis avec moi-même et en même temps, comment je suis en relation avec les autres.

Oser montrer un peu de soi, livrer un peu de soi, de sa vibration intime, ça touche l’autre, ça invite au lien, ça résonne. Et l’authenticité est contagieuse, elle invite l’autre – qui peut-être avait des résistances, pour plein de raisons – à oser la relation sans parasitage émotionnel.

La présence à soi permet de vivre le groupe, l’entreprise, comme un lieu vivant. L’autre jour, un participant dit : « oui, mais dans la vraie vie … » – sous-entendu, ce qu’on vit là, maintenant, ce n’est pas la vraie vie. Les personnes prennent conscience que, quand on est à son travail et quand on participe au séminaire c’est la vraie vie, puisqu’on est là. C’est 100 % la vraie vie.

La transformation profonde de notre monde passe par la transformation de nous-même. Nous avons chacun un très grand pouvoir. Changer ce qui se passe au Moyen-Orient, en Syrie ? notre pouvoir est quasi nul ; changer ses collaborateurs, ses proches, sa famille ? notre pouvoir est très limité, puisque chacun est libre et a son libre arbitre. Mais changer soi-même, là, notre pouvoir est infini ! Comme le disait Gandhi, « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». Notre latitude est infinie à ce niveau-là, c’est une très bonne nouvelle. Notre transmutation intérieure rayonnera et aura un impact sur notre environnement et sur le monde.

Dans un climat de confiance, je permets à chacun d’expérimenter, d’oser un peu plus d’authenticité. Et c’est ce qui ouvre à une relation de qualité avec l’autre et à davantage de coopération. Il me faut toutefois donner un autre repère : le travail proposé n’est pas du tout : « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Il passe par oser se dire les dysfonctionnements, nommer les choses qui fâchent. Dire ce qui se passe pour nous nous libère du passage à l’acte (si je dis ma rancune à mon collègue, je ne la lui ferai pas payer par derrière). Par contre, ne pas dire se traduira par un passage à l’acte. Si je ne te dis pas que je suis très en colère contre toi, ça va parasiter notre relation. Pour qu’une équipe devienne efficace, parfois, ça passe par de la confrontation, par se dire les choses, dire qu’on n’est pas d’accord, par du non, par un conflit. Et mon travail est d’accompagner cette parole-là pour que chaque personne, à son niveau, puisse faire un pas vers quelque chose qui soit plus fluide.

Qu’est-ce qui, dans votre posture, permet aux participants d’oser leur authenticité ?

Ma première invitation est d’être là avec qui on est : bien, pas bien, content, pas content, renfrogné ou heureux…, enfin, ce que chacun ressent à l’instant présent. Finalement, tout est bienvenu, et ça laisse une place à la présence. J’ai ma place, quel que soit mon état. Lors d’un séminaire de 60 personnes, il y avait un groupe de 5 qui n’étaient pas du tout motivé, ça ne les intéressait pas, ils étaient fatigués. Je leur ai dit : surtout, respectez ça, ne vous forcez pas, mais je vous invite quand même à expérimenter la séquence musicale que je vous propose. Ils ont été le plus applaudis, ils ont eu le plus de succès, parce qu’ils ont fait à leur mesure : quelque chose de très soft, très calme. C’était très cohérent parce qu’ils s’étaient respectés.

J’aime les participants qui sont en face de moi, je ne les juge pas, je suis présent, et je suis joyeux. Comme je suis à une place visible, c’est contagieux, ça se transmet. C’est une permission proposée à chacun.

Je ne sous-estime pas le rôle des règles qui sont posées, que j’incarne et fais respecter. L’être humain est ce qu’il est, il est fait d’ombre et de lumière. Les règles permettent au collectif de bien fonctionner.

La première est une invitation : Osez ! Osez votre voix telle qu’elle est. Si vous pensez chanter faux, chanter fort ! J’explique pourquoi : c’est parce que en chantant fort le corps se met à sonner. De ce fait, ça nous donne l’opportunité de sentir quand la note est juste.

La seconde règle, c’est le respect, le respect de soi. Ne faire que ce qui est bon pour nous. Si à un moment donné on sent que ce qui est proposé n’est pas bon pour nous, on ne le fait pas, c’est tout, ce n’est pas plus compliqué que ça. Le respect, c’est aussi le respect des autres, ne pas dire à son collègue, à son confrère, à son voisin : « tu chantes faux, tu n’es pas dans le rythme… » C’est l’attention à ne pas enfermer l’autre. Même si on dit : « ta voix est magnifique », ça peut créer une fermeture parce que c’est du jugement. Le respect, c’est ne pas juger, en positif comme en négatif.

Je demande aussi d’éteindre les téléphones portables, car nous travaillons sur la présence. Si le portable vibre dans ma poche, ça pose la question : est-ce que je réponds, est-ce que je ne réponds pas ?

Le troisième point de repère, c’est la responsabilisation, la cohérence. Lorsqu’on parle de soi, de ses ressentis, on dit « je ». En terme énergétique, j’ai observé que ça a un impact plus fort sur soi et sur le groupe.

Enfin, le dernier point de repère, c’est de rester centré : être le plus vrai possible, être au plus près de soi, éviter les apartés, les discussions privées.

Ces points de repère, auxquels j’ajoute parfois la confidentialité, permettent de créer un endroit où les gens se sentent en sécurité, se sentent à l’aise, se sentent respectés.

Tanguy, c’est quoi votre plaisir, dans ce travail que vous menez ?

Le travail que je fais dans les entreprises correspond très profondément à qui je suis. J’ai eu un insight à l’âge de 8 ou 9 ans, en découvrant La Mélodie du bonheur (The Sound of Music). C’est l’histoire d’une famille tristounette au possible ; une jeune femme vient avec sa guitare, elle fait chanter, et ça transforme complètement la vie familiale qui devient vivante.

C’est ce que je fais, c’est dans mon essence et dans mon identité profonde. C’est mon âme, c’est ma place, de permettre à une personne, à un collectif de faire une transmutation vers notre essence profonde, vers qui on est en tant qu’être humain sur cette terre, et, dans notre incarnation d’être vivant d’avoir cette joie profonde d’être là. Le chant est l’expression de notre bonheur d’être. Si je peux transmettre ça, c’est super. C’est ma nature, c’est comme ça.

Tanguy Lunven

Retrouvez Tanguy Lunven sur son site : www.tanguylunven.com
Interview réalisée par Brigitte Hoff et Emmanuel Jung pour coach’abondance.

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Tanguy Lunven

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