Le projet coach'abondance a permis, de février 2012 à février 2016, de mettre à la disposition des professionnels de la relation des informations et articles qui concourrent à leur professionnalisation.
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Notre posture de coach se nourrit de nos expériences de vie – Karine Panier

Karine Panier : Pendant 14 ans, j’ai exercé des responsabilités managériales dans l’industrie chimique et pharmaceutique en Rhône Alpes et en Auvergne. Un burn-out en 2007 a profondément requestionné le sens de ma vie. Il m’a fallu du temps … J’ai trouvé des ressources dans différentes formes d’accompagnement. En 2009, je décide de commencer une formation de coaching, puis je m’engage progressivement sur un chemin de reconversion vers l’accompagnement en entreprise et aussi celui de particuliers. Par ailleurs, depuis 2011, je suis bénévole dans une association « Le Mouvement du Nid » à Mulhouse. Dans cet article, mon intention est de partager avec vous comment mes compétences en tant que coach viennent nourrir les actions que je mène au sein de cette association, et à l’inverse comment cette expérience en tant que bénévole me fait grandir dans ma posture de coach.

Quelle est la mission de l’association « Mouvement du Nid » et quel est votre rôle en tant que bénévole ?

Le « Mouvement du Nid » est une association reconnue d’utilité publique implantée dans toute la France et qui agit sur les causes et les conséquences de la prostitution. Elle considère que la prostitution est une activité incompatible avec le respect de la dignité humaine. C’est une association de terrain qui accompagne les personnes prostituées dans leurs différentes démarches selon leurs besoins, et en s’appuyant sur un réseau développé de partenaires. Elle mène également une politique de sensibilisation et de mobilisation de la société.

En tant que bénévole, je participe à différentes actions mais celles dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui, ce sont les sorties que nous organisons chaque vendredi soir, en binôme, à la rencontre des personnes prostituées. C’est un peu un rituel au niveau de l’association. Chaque vendredi soir, nous allons à leur rencontre dans la rue et leur apportons un soutien si elles en ont besoin. Si nécessaire, nous les orientons vers un de nos partenaires.

Et dans le cadre de ces sorties nocturnes, en quoi vos compétences en coaching vous sont-elles utiles ?

Et bien, je m’appuie en particulier sur l’outil RPBDC développé par Vincent Lenhardt, outil pouvant être utilisé en coaching et aussi dans toute relation qu’elle soit professionnelle ou personnelle. Personnellement, c’est un outil de référence qui me sert bien au-delà du champ professionnel.

R comme REEL : à la rencontre des personnes prostituées

Dans la rencontre avec les personnes qui se prostituent dans la rue, la première étape est d’essayer de créer un contact pour faire connaissance. De notre côté, nous nous présentons à elles en tant membres de l’association. De leur côté, les personnes sont en général plutôt sur la réserve, par mesure de protection et/ou parce que, d’une certaine façon, nous les empêchons de travailler. Au fil de nos rencontres, chaque vendredi, les échanges se mettent progressivement en place ou non. Il faut parfois beaucoup de temps, et dans certains cas, nous ne parviendrons pas à aller au-delà d’un simple « bonsoir, comment allez-vous ? ». Et pour nous, c’est OK. Dans d’autres cas, avec le temps, la confiance commence à s’installer.

Comme en entreprise, la rencontre interpersonnelle est conditionnée par le contexte, par les enjeux et buts, par les comportements, les émotions, les pensées et aussi les croyances, valeurs, vision du monde … de chaque acteur.

Quel que soit le contexte, les échanges et l’ouverture sur son propre vécu ne sont possibles que si les personnes se sentent en confiance dans la relation et que si, d’une certaine manière, elles y voient un bénéfice (conscient ou non conscient) pouvant prendre la forme d’un soutien moral par exemple. Or la croyance que « s’ouvrir à l’autre, c’est dangereux », reste très répandue.

Aussi, dans cette première étape « R comme REEL : à la rencontre des personnes prostituées », notre intention, en tant que bénévole, est d’accueillir la personne telle qu’elle est et là où elle en est. Si l’échange le permet, nous pourrons chercher à mieux comprendre son réel, c’est à dire sa situation et ce qu’elle vit en tant que personne.

P pour PROBLEME : la prostitution pour qui est-ce un problème ?

Sans rentrer dans un débat politique, une question que l’on peut se poser est « la prostitution, pour qui est-ce un problème ? ».

Certes, le Mouvement du Nid est une association qui défend l’abolition de la prostitution car nous la voyons comme une atteinte à la dignité humaine. Donc à un premier niveau, nous pourrions répondre à cette question en disant « oui, c’est un problème pour nous ». Toutefois, à un deuxième niveau, à aucun moment, nous n’allons forcer les personnes prostituées à arrêter leur activité. Notre position est de respecter ces personnes en les accueillant telles qu’elles sont et là où elles sont. Aussi, c’est lorsque la situation devient vraiment un problème pour elles que nous sommes présents pour les accompagner. Comme en coaching, nous veillons à ce que notre présence soit à la fois subtile et non calculée, je veux dire sans but conscient, à l’écoute de ce qui est là dans l’échange, à l’écoute d’une demande qui peut émerger à tout moment.

B pour BESOINS et D pour DEMANDE : de l’absence de demande à l’émergence d’une demande explicite

Au départ, dans la rencontre avec les personnes prostituées, il y a rarement une demande. En général, les premières demandes concernent des besoins physiologiques et des besoins de sécurité (Cf. pyramide de Maslow) : la santé, la nourriture, le logement … ou un besoin de protection face aux violences qu’elles subissent. Et puis à un moment donné peut émerger une demande comme celle de les aider à arrêter, à sortir de la prostitution. Alors, nous percevons qu’elles sont en contact avec leurs besoins d’estime de soi et de reconnaissance.

C pour CONTRAT : quel contrat passons-nous ensemble ?

Dans l’accompagnement des personnes prostituées, la notion de contrat est également présente, pour prévenir et gérer les jeux psychologiques lorsqu’ils surviennent : sauvetage, victimisation, persécution. Comme nous le disait Gilles Pellerin lors d’une formation en Analyse Transactionnelle : « dès lors qu’une situation pose problème, revenez au contrat » !

Le contrat permet de sécuriser les acteurs, et est d’autant plus important dans l’accompagnement des personnes prostituées dans la mesure où elles se sentent souvent insécurisées par les situations qu’elles vivent au quotidien.

Aussi, lorsqu’une demande est exprimée par une personne prostituée alors nous allons convenir avec elle, pas à pas, de la manière dont nous continuons à l’accompagner, en veillant à tout moment à respecter ses besoins, ses désirs, ses contraintes, tout en tenant compte de nos limites d’intervention.

En conclusion, en quoi cette expérience d’accompagnement des personnes prostituées vient nourrir votre posture de coach ?

Les actions que je mène en tant que bénévole m’aident à développer mon écoute et ma capacité d’accueil inconditionnel. Cet accueil inconditionnel, c’est, par exemple, accepter sans jugement la réalité que vit chaque personne que nous rencontrons. Or, cette réalité est souvent très difficile et il peut alors s’agir pour nous d’accueillir nos propres limites face à cette réalité. C’est la raison pour laquelle, nous avons aussi un lieu de supervision. Aussi, quelques règles d’or qui nous guident dans nos actions en tant que bénévoles : pas de jugement, pas d’interprétation, pas de sauvetage.

Enfin, cette expérience d’accompagnement des personnes prostituées est très forte et riche d’enseignements notamment sur les processus de création de la confiance. La confiance interpersonnelle ouvre sur de belles choses … oui, j’oserai dire sur la vie dans toute sa beauté, à travers un échange de paroles, de sourires ou une accolade affectueuse spontanée. Même dans un contexte qui a priori ne s’y prête pas, la beauté émerge lorsqu’on ne s’y attend pas parce les conditions sont réunies pour qu’elle puisse émerger. Je crois qu’en entreprise, c’est la même chose. Lorsque la confiance dans une relation ou au sein des équipes est là, alors le terreau est fertile et une belle plante peut se mettre à pousser. L’important est alors de continuer à bien l’arroser et à en prendre soin.

Karine Panier
Coach & Formatrice, LHEP TM
www.synelian.com

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