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Perdu(e) dans les systèmes ? – François Balta

L’approche systémique coopérative, pour s’y trouver et s’y retrouver.

François Balta : Il faut bien reconnaître qu’il y a de quoi être perdu(e)…
Après un temps où la notion de système était mise à toutes les sauces, en particulier celle de l’irresponsabilité des individus, elle fait maintenant partie du vocabulaire obligatoire avec le mot « complexité » quand on parle du monde post-moderne – comme si avant les choses étaient simples ! Il n’y a plus de jour où l’on n’entende quelqu’un se réclamer d’une pensée systémique… ou faire référence à la crise… systémique elle aussi…

Il faut bien sûr se méfier de ces modes, et de leur capacité à émasculer toutes les idées qui viendraient troubler le politiquement correct.

La systémique n’est pas un outil à écraser les individus et à les rapetisser devant l’immensité d’un monde globalisé et interconnecté ! Ce n’est pas non plus la promesse d’un pouvoir absolu pour obtenir tout ce que l’on veut au détriment des personnes…

La systémique, ce n’est que l’ensemble des principes d’une pensée qui relie. C’est cela fondamentalement l’approche en termes de systèmes : penser les éléments en lien les uns avec les autres. Et cette manière de réfléchir est apparue bien avant l’école de Palo Alto à qui revient le mérite d’en avoir assuré la redécouverte, la diffusion et la notoriété.

L’étymologie déjà, nous invitent à penser systémique : est dia-bolique ce qui divise (le monde du « ou…ou »), et sym-bolique (et non divin) ce qui réunit (le monde du « et »). Mais, comme chacun le sait, le diable est une créature divine… qui a mal tourné. Exactement comme la pensée linéaire – la pensée cause->effet – en oubliant de faire retourner l’action à son point d’origine influencé par sa finalité.

Notre petite enfance a fait de nous à la base des systémiciens : pendant au moins un an, privés de la compréhension du langage, il nous restait les ressentis et les résultats de nos manifestations pour guider nos découvertes. Nos émotions et les réactions de nos proches ont été nos premiers maîtres à vivre. Ensuite, nous avons appris à parler, c’est-à-dire à mentir, à parcelliser le monde, à choisir une chose plutôt que son compagnon contraire, et à croire que tout évènement a une cause plutôt que plusieurs, et une origine plutôt qu’une finalité. Nous avons ainsi appris la pensée causale qu’on dit « linéaire ».

La pensée systémique inclut cette pensée linéaire, elle ne la méprise pas. Elle la prolonge et l’enrichit.

La systémique : une longue histoire

Depuis l’antiquité, les hommes tentent de penser ensemble les éléments hétérogènes qui les entourent et qui les habitent. Héraclite déjà était sensible au flux dans lequel nos vies se déroulent. Plutôt que de dénombrer les objets, il s’intéressait à comprendre les processus. A mille lieues de là, la pensée chinoise faisait de même, sans se préoccuper d’une création ou d’une apocalypse…

Et la pensée de la synthèse n’a jamais été tout à fait une réprouvée. Pascal n’a-t-il pas écrit cette phrase bien connue : « Toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates et toutes s’entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties. » et cette autre moins souvent citée : « Le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin.  »

Bien avant la diffusion de la pensée systémique, en 1900, Georg Simmel écrivait : « À une telle causalité linéaire /il parle de celle de la pulsion/ qui se reflète dans la conscience comme le sentiment instinctuel le plus primitif, s’opposent les actions dont l’origine, pour autant qu’elle se manifeste comme un contenu de la conscience, réside dans l’idée de leur résultat. Nous nous sentons alors, en quelque sorte, non point poussés par derrière, mais tirés par devant. »

Il y a donc eu bien des prédécesseurs à nos penseurs de Palo Alto et à leur approche stratégique. Eux-mêmes se sont nourris de cybernétique, de théorie des jeux, de théorie de la communication ou celle, mathématique, des catastrophes, des recherches sur les fractals, la physique quantique, les hologrammes et les structures dissipatives… et de questions cliniques sur la chronicité, les « rechutes » et les processus de guérison.

L’approche systémique coopérative

Le qualificatif de « coopérative » souligne le point de convergence de tous les outils, conceptuels ou d’intervention, empruntés à la diversité d’un champ éparpillé en Écoles souvent présentées comme concurrentes : écoles stratégiques, contextuelle, narrative, provocative, orientée solutions, thérapies brèves et ultra-brèves… Cela sans se priver de relire d’un œil systémique ce que nous apporte la Gestalt, l’Analyse Transactionnelle ou la PNL… En reconnaissant ce qui est dû à chacun de ces courants, il s’agit de faire lien, conformément à l’esprit même de la systémique, un lien qui articule les différences et non une fusion-confusion dans un syncrétisme qui perd toute la vivacité des oppositions fécondes entre ces approches.

Il s’agit de voir autrement notre responsabilité inévitable dans le déroulement des choses, et donc notre éventuel pouvoir, qui n’est ni impuissance pessimiste ni toute puissance arrogante.

L’accompagnant : lieu géométrique du système d’accompagnement

Si la coopération est le plus souvent réduite à la soumission des accompagnés au savoir de ceux à qui ils demandent de l’aide, il s’agit ici de développer une attitude de facilitation du changement par la coopération de l’accompagnant, c’est-à-dire sa capacité à recevoir ce qui lui est apporté comme utile pour aller vers un objectif partagé.

Accompagner le changement, qu’il soit désiré ou imposé, ce n’est pas connaître précisément le point d’arrivée qui reste à construire. C’est multiplier les points de vue sur un même objet initial et affronter ensemble l’inconnu, l’imprévu, la surprise, toutes ces choses qui accompagnent le chemin réel vers une réalisation idéale. C’est entrer dans un processus d’apprentissage par essais et erreurs. Si les erreurs sont assez volontiers prévisibles, les succès le sont moins…

La difficulté est, la plupart du temps, d’accepter cette position de « supposé savoir » qui permet la demande, tout en assumant tranquillement sa réelle ignorance des « bonnes » solutions, qu’il reste à bâtir. Il s’agit d’accompagner cette recherche. Et ce savoir-accompagner se déplace des solutions prêtes à l’emploi au soutien efficace d’un processus commun de recherche et de création.

François BALTA
http://balta.fmw1.com

François Balta a écrit « Moi, toi, nous … » et publiera prochainement dans « Les approches collaboratives en thérapie. Témoignages de praticiens », ouvrage collectif coordonné par Béatrice DAMERON et Catherine BESNARD-PERON (Éditions SATAS, Bruxelles)


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