Le projet coach'abondance a permis, de février 2012 à février 2016, de mettre à la disposition des professionnels de la relation des informations et articles qui concourrent à leur professionnalisation.
Le projet est clos, nous avons le plaisir de vous offrir les contributions singulières des auteurs qui ont contribué au projet.

Terminer, une étape essentielle au commencement – Flavienne SAPALY

À l’heure où coach’abondance nous annonce que « c’est terminé ! », je me questionne sur ce qui permet de dire que « ça s’est bien terminé » ou « ça s’est mal terminé ». Et quel impact cela aura sur la suite ?

« Rien de ce qui est fini n’est jamais complètement achevé, tant que tout ce qui est commencé n’est pas totalement terminé » nous dit Pierre Dac avec humour.

Terminer, en tant que condition essentielle pour rebondir, nous invite à apprendre à vraiment fermer des portes pour mieux en ouvrir d’autres.

C’est un sujet à part entière pour les coachs, acteurs de changement et de fait « Terminateurs » professionnels. : quel est notre rapport avec terminer ? Quels impacts ont nos propres expériences sur l’accompagnement de nos clients ? Quelles sont les conditions pour que terminer se vive comme une fin qui ouvre à une naissance ?

J’écris cet article aussi depuis mon expérience d’accompagnement de fins de vie, qui a ouvert en moi le désir d’honorer les fins comme on honore les naissances.

Notre vie est une succession de « terminer » peu honorés

Terminer est un geste du quotidien comme de la vie en général : terminer un repas, terminer son activité, terminer sa journée, terminer une vie de couple, terminer un projet, terminer sa carrière…

Terminer est banalisé, là où « commencer » est valorisé.

Dans une société impatiente, nous sommes souvent pressés de mettre notre énergie au service d’un « nouveau ». L’expression courante « quoi de neuf ? » est préférée à celle de « bien terminé ? ». À peine a-t-on arrêté un job que chacun vous demande quel est votre prochain projet. À peine a-t-on divorcé qu’on vous demande si vous avez rencontré une autre personne.

Combien d’entre nous, prenons le temps de  « terminer »?

Qui « termine » en moi ?

Nous ne sommes pas égaux devant cette aptitude à tourner les pages et à fermer des portes, car nos histoires modèlent nos façons de « terminer ».

Gysa Jaoui nous apprend que le sentiment de satisfaction, lorsque se termine une réalisation, est déterminant pour permettre de se tourner vers un nouvel objectif. Elle observe que de nombreuses personnes ont reçu dans leur histoire, le message « Ne réussis pas » qui impacte directement le sentiment de satisfaction. Ainsi les porteurs de ce message passent, pour certains, d’un projet à un autre en courant à « toujours mieux » et, soit échouent sans cesse, soit réussissent au prix de grands efforts, soit ne prennent jamais le risque de « commencer ». « Bien terminer » semble délicat pour ces gens-là.

Georges Kohlrieser développe l’idée que les séparations et ruptures brutales de notre vie impactent durablement notre façon de «terminer» nos relations. La mise en échec des « fins » est réactivée par ces expériences passées que nous répétons sans cesse pour « mal terminer », avec risque d’isolement, de violence, ou de dépression.

C’est donc fréquent que celui ou celle qui « termine » soit un enfant ou un adulte blessé qui répète son histoire. Ma conviction est que malgré nos histoires, toute occasion de « terminer » porte en germe une expérience de réparation et de construction.

Comment terminer de façon féconde ?

image de serrureDe mon expérience personnelle, l’acte de « terminer » sera plus ou moins fécond selon que celui ou celle qui agit en moi, se positionne en réaction en disant « non », ou en réponse à un désir en disant « oui ».

Dire « oui », c’est « terminer » en répondant à l’appel d’un « mieux » pour soi. Il est alors plus simple de fermer la porte, puisque nous savons celle que nous voulons ouvrir. Pour autant le choix du « mieux » se doit d’être discerné. L’invitation à fermer une voie pour prendre une nouvelle direction doit venir du plus profond de nous-mêmes. Sinon, c’est un leurre.

Dire « non », c’est « terminer » par dépit, car nous n’avons pas trouvé d’autres solutions pour combler nos manques ou satisfaire nos besoins. Nous choisissons de « terminer » car c’est le moins pire. Nous posons des actes pour nous soulager de l’inconfort de la situation. Cela donne souvent le sentiment de subir et d’être victime ou coupable, même lorsque nous sommes à l’initiative de « terminer ». Le risque alors serait de contempler la porte fermée sans voir celle qui vient de s’ouvrir.

Lorsque nous, ou nos clients, avons le sentiment de subir une séparation, d’être rejeté d’un projet, ou d’échouer une entreprise, ou que la vie nous impose un renoncement, nous pouvons aller à la rencontre d’une part de nous que nous ne connaissons pas. Si nous le voulons. C’est un choix.

Nous allons à tout moment pouvoir apprendre à quitter dans le lien, même si nous ne l’avions jamais vécu auparavant. Nous allons pouvoir apprendre à avoir de la gratitude pour ce qui été réalisé et vécu et à nous donner de la satisfaction. Nous allons apprendre à traverser des émotions que nous pensions ne pas pouvoir supporter. Nous allons apprendre à écouter nos désirs profonds. Et finalement, après avoir agi sur un « non », apprendre à dire « oui » et s’étonner de cet autre, qui n’est autre que nous-mêmes  dont on découvre des ressources insoupçonnées jusqu’alors.

« Les vrais élans créateurs sont précédés par une forme de nuit » écrit l’auteur Delphine de Vigan.

Je crois aussi que cette nuit est saine et nécessaire pour que la porte à ouvrir puisse se révéler telle une lumière dans la nuit. Plus nous cherchons à aller vers qui «je suis», plus cette nuit est essentielle. La difficulté est que pour fermer une porte sans visibilité sur la prochaine, cela demande beaucoup de courage. Accepter de faire face à l’angoisse et au vide.

Dans la nature, pas de vrai printemps sans un bon hiver. Ce temps d’hiver n’est pas le temps du deuil qui ressemble plus à la saison de l’automne ; la saison où l’on met en conserve l’essentiel, où l’on renonce aux cultures. C’est après.

Ce n’est pas forcément un temps d’inaction : « une forme de nuit » est un temps sans visibilité, un temps qui se conjugue au présent. La vie reprend ses droits dans un quotidien attentif à ce qui est, ouvert aux opportunités et rencontres qui vibrent avec nos désirs, sans projet ni intention particulière. Avec conscience, simplement.

Tel le jardinier qui prend soin de son sol et le met au repos, l’homme qui a terminé ralentit et prend soin de sa terre intérieure. C’est dans cet accueil du quotidien, sans autre espoir que celui d’être pleinement vivant, que nos désirs s’expriment et que nous reconnaissons la nature de notre être. À l’heure où « tout est possible », celui qui entre dans le silence tranquille de cette nuit peut se laisser guider vers une porte singulière qui justement l’attend. Plus il se rapproche de « je suis », plus la vie lui propose des portes qui lui ressemblent. Alors la construction d’un nouveau lien d’attachement, d’un nouveau but pourra porter en lui le germe d’un élan créateur singulier, futur fruit de la naissance de son âme.

Flavienne SAPALY
Ssuperviseur certifié CSA, coach certifié, psychanalyste jungienne

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4 commentaires

  • Hélène Laportele 18 janvier 2016  

    Bonjour Flavienne… Magnifique ton article. Je suis là, dans cet instant de nuit…. Pas toujours simple à vivre… Mais porteur de tant de renouveau. Cela fait du bien de lire ton article dans ce petit moment matinal d’interrogation… Consultes tu sur Lyon? Merci… Ton parcours est merveilleux, je te souhaite tant et tant d’épanouissement et de déploiement de qui tu Es… Belle journée. Hélène Laporte

    • Flaviennele 24 janvier 2016  

      Merci Hélène de ton commentaire chaleureux, oui je suis sur Lyon. Je t’embrasse de tout coeur. Bonne nuit en tous sens du terme.

  • Paul Denisle 31 janvier 2016  

    Merci Flavienne pour ce très bel article, qui me touche au moment où je suis moi-même en train de « terminer » deux engagements très anciens, avec ce désir de « quitter dans le lien ». Paul

  • Sabine Astouxle 1 février 2016  

    Merci Flavienne. Ton article m’a plongée dans une méditation impromptue. Terminer de manière féconde : facile ? difficile ? impossible ? pourquoi ? … tu m’invites à mettre plus de conscience sur les enjeux /bénéfices pour moi dans certaines situations du présent auxquelles je pense et pour lesquelles je questionne mon engagement. Bises toulousaines, Sabine


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